Alzheimer : lien confirmé entre le microbiote intestinal et la survenue de la maladie

, par  Delphine Delarue

Des travaux européens viennent de confirmer le lien entre les micro-organismes présents dans les intestins et le développement dans le cerveau de plaques amyloïdes caractéristiques de la maladie d’Alzheimer. Cette étude « pourrait contribuer à développer de nouvelles stratégies préventives basées sur la modulation du microbiote des personnes à risque », soulignent les chercheurs.

Le déséquilibre du microbiote intestinal est bien corrélé au développement de la maladie d’Alzheimer, principale cause de démence dans le monde. C’est ce que vient de confirmer une étude récente menée par des scientifiques suisses et italiens publiée le 10 novembre dans le Journal of Alzheimer’s disease. Incurable, cette pathologie neurodégénérative touche un million de patients en France et 225 000 nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année (deux malades sur trois sont des femmes). Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le nombre de malades devrait doubler tous les 20 ans.

Évolutive, la maladie se caractérise par une perte partielle ou totale de la mémoire (amnésie), une perte de la faculté de s’exprimer ou de comprendre le langage (aphasie), des troubles de la reconnaissance des visages, des objets, des sons, des goûts (agueusie) et par des difficultés à effectuer des gestes concrets (apraxie).

Taux élevé de bactéries inflammatoires
Cela fait déjà plusieurs années que la communauté scientifique soupçonne les bactéries intestinales de jouer un rôle dans le développement de la maladie d’Alzheimer. De précédents travaux avaient montré que le microbiote des patients était souvent altéré, avec une diversité microbienne réduite et un taux élevé de bactéries inflammatoires.

Dans l’étude qui vient de paraître, les chercheurs ont suivi 89 patients âgés de 65 à 85 ans. Certains étaient atteints par la maladie d’Alzheimer et d’autres pas. « Nous avons, par imagerie PET, mesuré leur dépôt d’amyloïde (la substance à l’origine du trouble neurodégénératif caractéristique de la maladie, NDLR), puis quantifié la présence dans leur sang de divers marqueurs d’inflammation et de protéines produites par les bactéries intestinales, notamment les lipopolysaccharides et acides gras à chaîne courte », explique Moira Marizzoni, première auteure de ces travaux, dans un communiqué de l’université de Genève.

Un mécanisme inflammatoire du sang identifié comme vecteur
Les résultats sont sans appel : des produits du microbiote sont bien liés à la quantité de plaques amyloïde dans le cerveau « et ce par l’intermédiaire du système sanguin, qui transporte certaines protéines des bactéries » jusqu’à l’encéphale, ajoute Moira Marizzoni.

En effet, des taux sanguins élevés de lipopolysaccharides et de certains acides gras à chaîne courte étaient associés à la fois à d’importants dépôts d’amyloïdes dans le cerveau et à ces souches bactériennes particulières. À l’inverse, de hauts taux d’un autre acide gras à chaîne courte, le butyrate, étaient liés à une pathologie amyloïde moins importante.

Conclusion : ce sont les protéines produites par certaines bactéries intestinales qui pourraient modifier l’interaction entre le système immunitaire et le système nerveux et ainsi déclencher la maladie. Selon les chercheurs, le phénomène inflammatoire détecté dans le sang des malades agirait comme un « médiateur » entre le microbiote et le cerveau.

Vers de nouveaux traitements ?
Si ces travaux ouvrent la voie à de nouveaux traitements, comme « l’administration d’un cocktail bactérien » spécifique ou de prébiotiques destinés à nourrir « les bonnes bactéries de notre intestin », « il ne faut pas se réjouir trop vite », précise le professeur Giovanni Frisoni, l’un des chercheurs associés à l’étude. Les scientifiques doivent d’abord identifier la composition précise de ce cocktail de bactéries.

En outre, « cet effet neuroprotecteur ne pourrait être efficace qu’à un stade très précoce de la maladie, dans une optique de prévention plutôt que de thérapie », souligne le communiqué. Or, on le sait, le diagnostic reste encore aujourd’hui l’un des principaux défis de la prise en charge des maladies neurodégénératives et il arrive encore bien trop tardivement. « Il faut développer des protocoles permettant d’identifier les personnes à haut risque pour les traiter bien avant l’apparition de symptômes détectables », concluent les chercheurs.

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