Cancer de la prostate : mieux connaître la maladie pour mieux la prendre en charge

, par  Léa Vandeputte

L’Association française d’urologie (AFU) lance une campagne auprès des hommes de plus de 50 ans et de leur entourage sur le sujet du cancer de la prostate. L’objectif est d’informer cette population afin de le détecter à un stade précoce et d’optimiser les chances de guérison.

Avec plus de 50 000 nouveaux cas chaque année en France, le cancer de la prostate représente le cancer masculin le plus courant, selon le panorama 2022 de l’Institut national du cancer (Inca). Un homme sur sept en sera atteint au cours de sa vie. Il est responsable de 8 100 décès tous les ans dans le pays, soit pratiquement un décès toutes les heures et plus du double des accidents de la route. C’est pour améliorer cette situation que l’Association française d’urologie (AFU) a lancé, le 12 mai, une campagne d’information à destination des hommes de plus de 50 ans et de leur entourage avec pour but « de mieux faire connaître cette maladie et la façon de la découvrir au stade de début de son évolution, lorsqu’elle peut encore être guérie », explique le professeur Georges Fournier, son président.

La question du dépistage

« Une détection précoce permettrait de réduire la mortalité quand le cancer ne donne pas de signes d’alerte, mais simplement une augmentation du PSA (antigène prostatique spécifique) détectée par une prise de sang », indique l’AFU. Cette dernière permet de mesurer le taux de PSA, une protéine produite par la prostate, présente normalement en faible quantité dans le sang. Toutefois, pour l’heure, le dépistage systématique du cancer de la prostate par dosage du PSA chez les hommes sans symptôme n’est pas recommandé en France. Son bénéfice « n’est pas clairement démontré : il n’est pas certain que ce dépistage permette d’éviter des décès liés au cancer de la prostate », précise même le site Ameli.fr. Un taux de PSA élevé peut être la marque d’un cancer de la prostate avant l’apparition de symptômes mais également d’autres pathologies (hypertrophie bénigne de la prostate, infection urinaire). « Dans 70 % des cas, il s’avère qu’un taux de PSA élevé n’était, en réalité, pas lié à un cancer de la prostate et a inquiété l’homme à tort », constate Ameli.fr. A l’inverse, un taux de PSA faible signifie, dans 90 % des cas, qu’il n’y a pas de cancer de la prostate mais reste tout de même 10 % des cas où il peut être présent. Des examens complémentaires doivent donc être prescrits. « La procédure de dépistage par le PSA est devenue personnalisée en fonction du dosage du PSA, des caractéristiques de l’individu (âge, antécédents de cancers dans la famille, origine ethnique…) mais également de l’apport de l’imagerie par IRM de la prostate et des biopsies ciblées sur un cancer devenu visible grâce à l’IRM, rassure l’AFU. C’est l’IRM qui a permis ainsi de réduire le recours aux biopsies de la prostate. » Quoi qu’il en soit, c’est au patient de décider, après discussion avec son médecin, s’il souhaite pratiquer un examen de dépistage.

Des évolutions dans les traitements

Du côté de la prise en charge, les évolutions ont été nombreuses ces dernières années. Désormais, on ne traite plus systématiquement tous les cancers de la prostate mais uniquement ceux qui sont agressifs et de mauvais pronostic. « En effet, il n’existe pas un cancer de la prostate mais plusieurs types de gravité très variable, l’objectif étant de ne traiter que ceux qui feraient courir un risque vital à l’homme qui en est atteint, indique l’AFU. Pour les moins agressifs la surveillance seule est aujourd’hui la règle et suffit dans trois quarts des cas. » Les techniques d’ablation de la prostate par chirurgie assistée par robot et l’amélioration du repérage pour les techniques de radiothérapie ont également accentué l’efficacité des traitements. Enfin, grâce à la chimiothérapie, aux nouveaux médicaments anti-androgènes et à la personnalisation des traitements par l’étude du profil moléculaire de la tumeur, la durée de survie des cancers au stade des métastases a augmenté.

Mieux vivre avec

La qualité de vie des patients est aussi mieux prise en compte. « Pendant longtemps, les urologues se sont concentrés sur les conséquences de la chirurgie, notamment les troubles urinaires et érectiles, explique l’AFU. Aujourd’hui, ils savent non seulement mieux les prévenir mais également mieux les prendre en charge si elles surviennent. » « La qualité de vie, c’est finalement ce qui correspond le mieux à la définition même de la santé selon l’OMS : un état complet de bien-être physique, mental et social, insiste le docteur François Rozet, administrateur de l’AFU. C’est pourquoi nous devons accompagner les patients dans leurs parcours de soins en prenant en compte leur état physique, mental et social. Pour aider à cela, l’apport d’une activité physique adaptée est primordial. » L’impact de l’activité physique reste en effet encore sous-estimé pendant et après un cancer alors que son rôle dans la prévention des maladies chroniques et des cancers est scientifiquement reconnu. C’est pour cela que l’AFU organise, le 17 septembre, la manifestation « Je roule contre le cancer de la prostate », quelques jours avant la Journée européenne de la prostate du 20 septembre. Cette course à vélo, sur une étape phare du Tour de France, le mont Ventoux, permettra de faire rouler côte à côte des patients, des médecins et le grand public au sein d’un peloton emmené par Bernard Hinault, ancien coureur cycliste, et Michel Cymes, médecin médiatique.

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