Huiles essentielles d’arbre à thé, de niaouli et de cajeput : à utiliser avec précaution

, par  Léa Vandeputte

Les huiles essentielles d’arbre à thé, de niaouli et de cajeput entrent dans la composition de nombreux compléments alimentaires. Or elles peuvent avoir des effets neurotoxiques et doivent donc être consommées avec prudence.

L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a publié un avis, le mercredi 16 décembre, concernant les effets sur la santé de l’utilisation des huiles essentielles d’arbre à thé – appelé aussi tea tree –, de niaouli et de cajeput. Ces huiles sont issues des feuilles de différentes espèces de Melaleuca, une plante de la famille des myrtes. Elles sont présentes dans de nombreux compléments alimentaires et vantées pour leurs propriétés antimicrobiennes. Mais, dans certains pays européens, leur utilisation est déconseillée voire interdite en raison de leurs potentiels effets neurotoxiques.

Des composés préoccupants

L’Anses s’est donc penchée sur le sujet pour évaluer les risques neurologiques, cancérigènes, génotoxiques et reprotoxiques. Et elle a identifié plusieurs substances préoccupantes : « Pour l’arbre à thé, il s’agit du terpinèn-4-ol, composant majoritaire présentant une toxicité testiculaire chez le rat ; du méthyleugénol, substance présente en très faible quantité mais considérée comme génotoxique et cancérogène pour l’Homme ; de l’ascaridole, substance néoformée qui apparaît si l’huile essentielle n’est pas correctement conservée et dont la toxicité est peu documentée. Pour le niaouli et le cajeput, il s’agit du 1,8-cinéole, composant majoritaire ayant entraîné des complications neurologiques chez les enfants. Il est également présent dans les huiles essentielles d’arbre à thé mais à des concentrations plus faibles. » Concernant le terpinèn-4-ol et le méthyleugénol, le risque sanitaire « dépend des teneurs de ces composés dans les huiles essentielles, du nombre de gouttes consommées, de la taille des gouttes délivrées par les flacons compte-gouttes et du poids corporel du consommateur », précise l’agence. Par ailleurs, « des incertitudes demeurent […] sur la toxicité de l’ascaridole » et « les données sur le 1,8-cinéole sont insuffisantes et ne permettent pas de définir de niveau d’exposition sans risque pour le consommateur », ajoute-t-elle.

Mieux informer les consommateurs

Face à ces éléments et pour éviter tout risque, l’Anses formule des recommandations concernant les huiles essentielles extraites de Melaleuca et consommées par voie orale. Pour l’huile essentielle d’arbre à thé, elle préconise aux industriels « de déterminer le nombre maximal de gouttes à consommer par jour et pour cela, de prendre en compte les teneurs en terpinèn-4-ol et en méthyleugénol dans ces huiles essentielles, la taille des gouttes délivrées par les flacons et le poids corporel du consommateur ». Ce dernier devra aussi être informé de « la nécessité d’une conservation au frais et à l’obscurité » pour prévenir la formation d’ascaridole. Pour les huiles essentielles de niaouli et de cajeput, riches en 1,8-cinéole, l’agence veut interdire leur consommation par voie orale aux enfants ayant des antécédents d’épilepsie ou de convulsions fébriles et aux moins de 30 mois, « dans l’attente de données toxicologiques plus précises ». Au vu du manque de données concernant les enfants, les femmes enceintes ou qui allaitent, elle leur déconseille l’usage des trois huiles.
Plus généralement, l’Anses rappelle que « les compléments alimentaires ne sont pas des médicaments et qu’à ce titre ils ne doivent pas être consommés comme tels ». Elle conseille ainsi de « discuter avec un professionnel de santé de la pertinence de consommer un complément alimentaire au regard de leur état de santé ; éviter la consommation concomitante de plusieurs compléments alimentaires ; signaler la consommation de compléments alimentaires et des traitements médicamenteux concomitants à son médecin ou son pharmacien, en raison du risque d’interaction ».

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