Les cigarettes électroniques jugées trop durement par l’OMS ?

, par  Delphine Delarue

Dans un rapport récent, l’OMS dénonce la toxicité du vapotage et déconseille les cigarettes électroniques à ceux qui souhaitent arrêter de fumer. Une position trop radicale pour les professionnels du secteur et certains experts de la lutte anti-tabac.

« Incontestablement toxiques ». C’est ainsi que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) juge les cigarettes électroniques dans un rapport publié récemment. Les auteurs réclament une régulation de ces dispositifs et, faute de preuve de leur efficacité dans le sevrage tabagique, les déconseillent à ceux qui souhaitent arrêter de fumer. « On ne connaît pas leur composition dans le détail, on ne sait pas ce que les gens inhalent : il y a trop de références disponibles sur le marché et pas de normes », précise le professeur Loïc Josseran, président de l’Alliance contre le tabac, interrogé par l’AFP. Pour l’OMS, ce sont plus précisément les liquides utilisés pour produire les vapeurs inhalées qui posent problème. La plupart contiennent non seulement de la nicotine, une substance très addictive susceptible d’affecter le développement du cerveau, mais aussi des particules fines qui peuvent se fixer dans les tissus pulmonaires. Ces produits sont également composés d’additifs validés par l’industrie agroalimentaire mais encore non étudiés sous forme vapotée.
Enfin, l’OMS s’inquiète aussi de la popularité des cigarettes électroniques auprès des plus jeunes : selon certaines études, leur usage augmente les risques de devenir fumeur à l’âge adulte.

« Pas assez de preuves pour quantifier le niveau précis de risque »

Malgré cette position, l’organisation mondiale admet toutefois, et à plusieurs reprises dans le texte, qu’il n’y a actuellement pas « assez de preuves pour quantifier le niveau précis de risque ». En clair : les conséquences de la cigarette électronique à long terme sur la santé humaine ne sont pas clairement prouvées. Tout simplement parce qu’on manque encore de recul sur la question. Le rapport de l’OMS a d’ailleurs vivement fait réagir la Fédération interprofessionnelle de la vape (Fivape), qui dénonce de « fausses informations ». Et ce n’est pas tout : la position de l’organisation mondiale s’oppose aussi à celles de certains addictologues qui encouragent l’usage de la cigarette électronique dans le cadre du sevrage tabagique. Selon eux, l’adoption de la vapoteuse présente, à court et moyen terme, une réduction de risque majeur en comparaison de la poursuite du tabagisme, qui tue plus de 73 000 personnes par an dans notre pays. «  La toxicité moindre de la cigarette électronique par rapport à la cigarette classique est désormais un fait acquis », explique le professeur Daniel Thomas, cardiologue et porte-parole de la Société francophone de tabacologie (SFT). Celle-ci ne libère en effet ni monoxyde de carbone ni goudron contrairement à la cigarette traditionnelle. En France, la Haute Autorité de santé considère même que l’utilisation de la vapoteuse « chez un fumeur qui a commencé à vapoter et qui veut s’arrêter de fumer ne doit pas être découragée ».

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