Médecins généralistes : une pétition contre « l’abattage médical »

, par  Vincent Portois

Le corps médical, particulièrement les médecins généralistes, s’est insurgé contre une disposition du plan « Ma Santé 2022 » : l’arrivée de 4 000 assistants médicaux, demandant ainsi aux médecins généralistes davantage de productivité. Une pétition en ligne, sur Change.org, est adressée à la ministre de la Santé, Agnès Buzyn.

Lors du discours introductif de ce plan en septembre dernier, le président de la République, Emmanuel Macron, estimait que « nous devons continuer à décharger les médecins d’actes qui peuvent être faits par d’autres ». L’intention est louable : permettre aux médecins d’avoir plus de temps médical. Lors de la deuxième séance de négociations sur la mise en place des assistants médicaux le 24 janvier dernier, la Caisse nationale d’Assurance maladie (Cnam) affirmait qu’avec un assistant médical, il était possible de passer de trois à six consultations par heure, accordant environ dix minutes par patient. Elle estimait que les assistants médicaux permettraient l’augmentation de la patientèle des médecins généralistes et celle de la file active des praticiens pour les autres spécialités. Mais à la suite à cette séance les divergences d’opinions ont éclos. Les médecins généralistes ont compris qu’il y aurait certaines contreparties pour obtenir des assistants médicaux et refusent de se sacrifier « sur l’autel de la productivité ».

Ne pas être les boucs émissaires

Sous l’impulsion du docteur Jean-Baptiste Blanc et soutenu par les syndicats du secteur, la pétition « Non à l’abattage en médecine générale » explique en effet que la santé des Français n’a pas de prix et de temps à donner, s’appuyant notamment sur de récentes études allant dans le sens de leur déontologie et de leur volonté de pratiquer des soins de qualité. Ils demandent « à pouvoir recevoir, écouter, informer et soigner les patients qui [leur] accordent leur confiance, avec le temps nécessaire pour chacune et pour chacun ». Ils ne souhaitent pas devenir les « boucs émissaires des politiques de santé délétères mises en place depuis des années et ayant abouti à la désertification médicale ». Les infirmières, via le Conseil national de l’ordre des infirmiers suivent les médecins en qualifiant l’idée des assistants médicaux de « fausse bonne idée » : « nous n’améliorerons pas l’offre de soins de proximité via une meilleure productivité des médecins, mais en misant sur la coordination entre professionnels de santé et en envisageant une meilleure répartition des rôles de chacun. Dans de nombreux pays confrontés à ces problématiques d’accès aux soins, les infirmiers sont devenus des acteurs centraux des soins de premier recours en leur donnant davantage d’autonomie ».

D’autres solutions pour trouver du temps médical

Cette proposition du Conseil national de l’ordre des infirmiers n’est pas orpheline puisque sur la pétition qui a depuis dépassé les 2 000 signatures, on retrouve des propositions que les médecins généralistes estiment nécessaires et réalisables à court terme « au-delà des grands projets imaginés sans la moindre connaissance du terrain ». Il y a ainsi une demande de souplesse pour les soulager « d’obligations absurdes » rendant beaucoup de consultations inutiles. Selon eux, les multiples obligations de rendus de certificats médicaux y jouent pour beaucoup et l’arrêt de certains serait bienvenu. La pétition propose par exemple « la suppression de l’obligation d’un certificat médical d’arrêt de travail pour les arrêts inférieurs à 2 ou 3 jours » ou encore « l’interdiction de la demande de certificats médicaux de non contre-indication par tous les organismes (salle de sport…) qui le plus souvent en exigent un par an si possible datant de moins de trois mois ». Les médecins reviennent également sur une campagne d’information claire ayant pour thème les façons d’éviter une consultation pour les pathologies bénignes courantes, comme un rhume ou une gastro-entérite.
Cette pétition compte peser dans la suite des négociations prévues, dans les prochaines semaines, avec le corps médical et l’Assurance maladie.

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