Sida : combattre la banalisation

, par  Vincent Portois

Ces dernières années, le combat contre le sida et la transmission du VIH a dû faire face à une banalisation. Les idées fausses n’ont fait que progresser, surtout chez les jeunes, ceux de la « génération-médicaments » comme l’appelle le Sidaction. Campagnes, opérations décalées et week-ends spéciaux sont donc organisés pour sensibiliser encore et encore.

A l’occasion de son nouveau week-end annuel spécial, du 23 au 25 mars, dont le but est toujours de financer des programmes de recherche et de prévention, la célèbre association Sidaction, co-fondée par Pierre Bergé et Line Renaud en 1994, a publié un sondage Ifop-Bilendi*. Dopée par l’arrivée au poste de présidente de Françoise Barré-Sinousi, prix Nobel de médecine en 2008 avec Luc Montagnier pour avoir justement découvert le virus du sida, l’association souhaite avec ce sondage toucher toutes les couches de la population, en rappelant que le combat n’est pas terminé. Dans le monde, en 2016, 1,8 million de personnes ont été infectées par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH). En France, on dénombre encore 150 000 personnes vivant avec le VIH, responsable du sida, mais 25 000 ignorent leur séropositivité, le taux de découverte de la maladie à un stade avancé étant de 27 % (derniers chiffres officiels de l’Institut de veille sanitaire, INVS). Comment savoir si l’on est porteur du virus quand on ne sait même pas comment il s’attrape ? La directrice générale de Sidaction, Florence Thune, s’inquiète auprès de l’AFP de la méconnaissance des 15-24 ans, peut-être moins conscients et moins marqués que les générations précédentes qui ont fait la découverte du virus. Selon Sidaction, un réel « effort d’information doit être fait auprès de cette génération, qui a commencé sa vie sexuelle alors que les traitements contre le VIH existaient ».

Une méconnaissance édifiante

« Les proportions [d’idées fausses] ont augmenté de façon significative en un nombre assez réduit d’années, sur des choses qui semblaient acquises depuis longtemps », explique Florence Thune. Le pourcentage des 15 à 24 ans pensant que le virus peut se transmettre par des baisers a ainsi augmenté de six points depuis 2015. Une personne sur cinq parmi cette tranche d’âge pense que le VIH se transmet même par la transpiration, 19 % que la pilule contraceptive d’urgence peut empêcher la transmission du virus et 20 % reconnaissent être mal informés sur le sida (11 % en 2015). Or même aujourd’hui s’il est possible de vivre avec la maladie, grâce à des traitements qui la bloquent et permettent de réduire la charge virale, le sida reste une maladie mortelle. Les campagnes d’information et de prévention ne doivent pas faiblir. Au quotidien, des associations motivées et pleines d’idées, comme le Sidaction ou HP Prévention, continuent à travailler d’arrache-pieds et tentent de marquer les esprits. HP Prévention, avec son Social Challenge VIH compte mettre en lumière le dépistage du VIH par autotest, outil de prévention important mais méconnu, permettant de savoir en une minute si l’on est porteur du VIH. Toujours selon le sondage publié par Sidaction, une personne sur deux connaît l’existence de cet autotest et sait qu’il est disponible en pharmacie. Pourtant, les nouvelles stratégies de protection contre le sida passent par une prévention dite combinée, avec toujours le préservatif comme « socle de la prévention », mais associé au dépistage ce qu’explique bien Préventionsida, une association belge : « Un parallèle peut être fait avec la prévention routière, qui combine plusieurs outils pour réduire la mortalité sur la route. Ainsi, en voiture, on attache sa ceinture, mais on ajoute la protection de l’airbag en cas de choc, on améliore l’état des routes, on perfectionne le freinage : on combine plusieurs outils qui s’ajoutent les uns aux autres. La prévention combinée repose sur le même principe : mettre un préservatif, aller se faire dépister aussi souvent que nécessaire, prendre un traitement si cela est souhaitable… »

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