Transfusion sanguine : d’une pratique empirique à une procédure sécurisée
Indispensable pour sauver des vies, notamment en cas d’hémorragie ou de maladie grave, la transfusion sanguine constitue aujourd’hui un traitement incontournable. Elle est le fruit d’une longue histoire, rythmée par des trouvailles scientifiques majeures, des scandales sanitaires et des avancées éthiques.
1628. Découverte de la circulation sanguine
Le médecin anglais William Harvey décrit le fonctionnement de la circulation sanguine. Dans son ouvrage Exercice anatomique sur le mouvement du cœur et du sang chez les animaux, il démontre que le cœur agit comme une pompe propulsant le sang dans tout le corps, en boucle fermée.
1667. La transfusion de l’animal à l’homme
Jean-Baptiste Denis, médecin de Louis XIV, pratique la première transfusion de sang d’agneau à l’homme le 15 juin 1667. Le patient, un garçon de 15 ans atteint de fièvre, survit et guérit grâce à cette procédure.
En novembre, les Anglais Richard Lower et Edmund King effectuent eux aussi une transfusion de sang de mouton à un homme souffrant de troubles mentaux. Jean-Baptiste Denis réalise quatre autres transfusions. Après le décès de l’un de ses patients, il est accusé de meurtre. Le médecin est finalement innocenté, l’enquête ayant démontré que la veuve avait empoisonné son défunt époux. Le scandale est tel que la pratique de la transfusion de l’animal à l’homme finit par être interdite en France puis en Angleterre.
1818. Les premières transfusions interhumaines
James Blundell, un obstétricien anglais, expérimente les premières transfusions entre êtres humains. Confronté à des femmes mourant d’hémorragies à la suite de leur accouchement, il est déterminé à trouver un remède pour les sauver. Il décide donc de prélever du sang aux maris de ses patientes à l’aide d’une seringue avant de leur injecter. Il publie ses résultats dans la revue The Lancet en 1829.
1900. Les groupes sanguins
Karl Landsteiner, biologiste et médecin autrichien naturalisé américain, découvre le principe des groupes sanguins. En comparant des échantillons de sang de différents sujets, il constate, qu’au contact les uns des autres, les globules rouges de certains s’agglutinent tandis que d’autres non. Il définit alors les réactions des groupes sanguins A, B et O. En 1902, ses collaborateurs Alfred von Decastello et Adriano Sturli mettent à leur tour en évidence le groupe AB.
En 1930, Karl Landsteiner obtient le prix Nobel de physiologie ou de médecine « pour sa découverte des groupes sanguins humains ». D’ailleurs, sa date de naissance, le 14 juin, a été choisie pour célébrer la Journée mondiale du donneur de sang.
1914. Le début de la conservation sanguine
Le médecin et chercheur belge, Albert Hustin, met au point une technique qui permet de conserver le sang grâce à l’ajout de citrate de soude aux propriétés anticoagulantes. Après des tests sur des animaux, il réalise la première transfusion de sang humain citraté le 27 mars 1914 à Bruxelles. De leur côté, l’Argentin Luis Agote et le Germano-Américain Richard Lewisohn réalisent eux aussi des transfusions utilisant du citrate de sodium, respectivement le 14 novembre 1914 (à Buenos Aires) et le 23 janvier 1915 (à New York). Cette découverte révolutionne la médecine militaire durant la Grande Guerre : le sang peut être transporté et conservé quatre jours.
1928. Un centre de transfusion sanguine
Le médecin français Arnault Tzanck fonde le premier centre de transfusion sanguine à l’hôpital Saint-Antoine de Paris, sous le nom d’Œuvre de la transfusion sanguine d’urgence. La transfusion est d’abord réalisée de bras à bras : le sang passe directement du donneur au receveur par le biais d’une canule. Puis, il est stocké dans des bouteilles en verre. Le centre est reconnu d’utilité publique le 14 janvier 1931.
1940. Les rhésus mis au jour
Karl Landsteiner et le biologiste américain Alexander Solomon Wiener établissent le système rhésus (du nom du singe Macaca rhesusqui a permis cette découverte). Celui-ci distingue les groupes sanguins en fonction de la présence ou de l’absence de l’antigène D, ce qui donne les rhésus positif (D+) et négatif (D-). Cette information est capitale afin d’éviter toute réaction du système immunitaire lors d’une transfusion et d’assurer la compatibilité entre le donneur et le receveur.
1952. Des principes fondateurs
La loi du 21 juillet 1952 sur l’utilisation thérapeutique du sang humain, de son plasma et de leurs dérivés fixe les principes du système transfusionnel actuel. Le texte interdit l’utilisation des produits sanguins en dehors du contrôle médical et d’objectifs thérapeutiques. Dans ce contexte d’après-guerre, le don de sang, qui pouvait auparavant être indemnisé, devient bénévole, anonyme et gratuit.
Années 1980-1990. L’affaire du sang contaminé
Au début des années 1980, l’épidémie liée au virus de l’immunodéficience humaine (VIH), que l’on appelle à l’époque le virus du sida, apparaît. En 1984, le risque de transmission de la maladie via la transfusion est confirmé. Pour sécuriser les dons, il est déjà possible de les tester et d’utiliser des produits chauffés pour neutraliser le virus.
Mais en France, la mise en œuvre de ces mesures tarde. Résultat : plusieurs milliers de patients sont contaminés. Les hémophiles, qui dépendent de produits fabriqués à partir de dons de sang, sont tout particulièrement touchés.
En 1991, une enquête de la journaliste Anne-Marie Casteret, publiée dans L’Événement du jeudi, révèle que le Centre national de transfusion sanguine (CNTS), qui contrôle la production et la distribution de ces produits, a continué de faire circuler des lots contaminés, en toute conscience, depuis le 29 mai 1985. Plusieurs procès mettent en cause des responsables de la transfusion, des hommes et femmes politiques, des conseillers ministériels et des médecins.
En réaction à cette affaire, est votée la loi du 4 janvier 1993 relative à la sécurité en matière de transfusion sanguine et de médicament. Les produits sanguins doivent désormais faire l’objet d’analyses et de tests avant d’être distribués. Le texte crée aussi une instance de surveillance : l’Agence française du sang.
2000. Création de l’Établissement français du sang
L’Établissement français du sang (EFS) naît le 1er janvier 2000 à la suite de la loi du 1er juillet 1998 sur le renforcement de la veille et du contrôle sanitaires des produits destinés à l’homme. Placé sous la tutelle du ministre de la Santé, il est le garant de la sécurité de la chaîne transfusionnelle. Il gère la collecte des dons, leur préparation, leur qualification et leur distribution aux établissements de santé. Il assure aussi l’approvisionnement en plasma du Laboratoire français du fractionnement et des biotechnologies (LFB) qui fabrique les médicaments dérivés du sang.
Léa Vandeputte

